19 – VICTOR HENRI DE ROCHEFORT-LUÇAY

Henri de Rochefort-Luçay, dit Henri Rochefort, est le fils du couple Claude Louis Marie (Armand) et Marie MOREL. Beaucoup d’écrits ont pour sujet sa vie et ses œuvres, et où tout (et souvent son contraire) a été dit, aussi nous nous bornerons pour cet essai à sa vie privée et à ses relations avec sa famille. Il existe toutefois deux ouvrages qu’il faut lire pour suivre la vie professionnelle d’Henri. D’abord « Le prince des polémistes de Roger Williams » et « Déportation et évasion d’un polémiste de Joël Dauphiné ». Ce sont,  à notre avis, les deux livres les plus proches de la réalité d’Henri Rochefort.

La majorité des informations données ici sont issues des Archives Nationales ref. AP 38 ou des Archives de la Police à Paris ou de nos archives personnelles.

Dans toute la « littérature » concernant Henri, nous ne manquerons pas de souligner un nombre incalculable de faussetés, d’erreurs et de légendes dont sa vie a fait l’objet. Lui- même a enjolivé certains aspects de sa famille, notamment dans son « Histoire de ma vie ». On peut supposer qu’il n’était pas très fier de ses ancêtres et d’une certaine façon on ne peut que lui donner raison.

Il ne fût pas un écrivain de génie même s’il cotoya de très près le plus grand écrivain de son siècle : Victor HUGO. Ainsi Henri fût le parrain du fils puiné d’Hugo, Georges Victor. Dans une lettre datée du 10 février 1870, Hugo écrit à Rochefort le passage suivant : « …Votre popularité est immense, comme votre talent et votre courage… » ((lettre issue d’une collection privée)).

Henri se détermina comme l’adversaire principal du régime impérial de Napoléon III et en entraina, pour partie, la chute. Mais on ne peut lui  retirer son formidable patriotisme qui s’exprime à travers ses écrits journalistiques et ses positions politiques. Sur la fin de sa vie il regrettera (mollement !) d’avoir tant rudoyé l’impératrice Eugénie dans des écrits souvent à la limite de l’injure gratuite. Reprochait-il la fidélité d’Eugénie, lui qui fût si volage ?

  • Sa jeunesse.

Henri nait le 31 janvier 1831 à Paris 1er arrondissement (actuel) au domicile de ses parents. Son père dira qu’il est « tard venu » après trois sœurs : Palmyre, Caroline, Emilie. Les témoins sont Pierre François LECOMTE, 43 ans, joaillier, demeurant 353 rue St. Honoré, c’est un homme aux idées légitimistes, et Joseph Mathurin BRISSET, 38 ans, officier de cavalerie demeurant 5 rue du Faubourg St. Honoré, il est le gendre de Monsieur LOURDOUEIX propriétaire de « la Gazette de France » (aussi de Bourgogne).

Selon certains auteurs il passera sa petite enfance chez sa tante Dupré de Saint Maur, au château de La Salle près d’Orléans. Il fréquentera le Cours BUTTET, situé à proximité de la rue JJ Rousseau.

En 1843 il entre au Lycée Saint Louis, rue de la Harpe. Sa famille, trop pauvre pour payer l’internat, demande une demi-bourse au ministre de l’Instruction publique, Emmanuel ARAGO, qui fait agir son père François ARAGO. La demi-bourse est obtenue (l’internat est de 1200 francs par an), elle sera transformée en bourse entière plus tard. Il a 12 ans et ne sait rien. Il sautera rapidement les classes de 7, 6 et 5ème et se retrouve en 4ème avec des élèves de son age. Il éprouve une sorte de dépression, car il ne supporte et ne supportera jamais la moindre contrainte.

Le 30 juillet 1849 il obtient le baccalauréat alors que la République est dans la rue et que Victor HUGO change brusquement de convictions politiques. Il admire Béranger, il envie Lamartine pour sa gloire politique, il repousse les présents de Louis-Philippe (un porte crayon en or) ; il participe à la révolution (sa tante GUERIN, qui habite rue de Seine, le surprendra dans un cortège de révolutionnaire), il raille l’archevèque de Paris….. Le futur Rochefort s’annonce.

Toujours aux prises avec des problèmes d’argent, Henri va donner des leçons de latin à la fille de la comtesse de Maubrun. Il commence à se lancer dans l’écriture en réalisant quelques vaudevilles en participation avec d’autres auteurs, dont certains sont des amis de son père.

Mais il faut assurer le quotidien. Il entre à l’Hotel de Ville de Paris sur recommandation d’un ami de la famille, comme employé au Bureau des Brevets puis au Bureau de l’Architecture. Haussmann le nomme sous inspecteur des Beaux Arts de Paris. Il quittera l’Hotel de Ville vers 1861. La disparition des archives en 1871, à la suite de l’incendie par la Commune, rend difficile d’avoir une date exacte. Dans ces bureaux, Rochefort ne montrera pas une assiduité constante mais il fera l’apprentisssage de son métier de journaliste. Il a 30 ans et un foyer.

  • Ses mariages.

La vie sentimentale d’Henri Rochefort est des plus compliquées. D’abord, il se maria (officiellement !) 3 fois et une fois où il ne nous reste que la publication des bans à Morges (ou Plain Palais) en Suisse, en même temps qu’à Paris 2è ardt. le 28 avril 1878, avec une dénommée Catherine Anne STREIBINGER, il semble qu’il n’y ait pas eu de mariage. (Voir « Le Gaulois »)

Il se marie avec Marie Anasthasie RENAULD (et non TENAULT), née en 1834 à Paris, le 6 novembre 1872 à Versailles. Mais elle est la mère de ses trois enfants depuis 1856, naissance de Noémie, et il y a tout lieu de penser qu’ils vivaient maritalement bien avant 1856. Le mariage religieux a lieu au Couvent des Dames Augustines où Marie demeure car cette dernière est à l’article de la mort, sans doute d’un cancer. Ce jour là, il est attesté par les témoins que Henri pleura. La présence des 4 témoins est certifiée, il s’agit de Joly, son avocat, Blum son confrère et ami en journalisme, Destrem son secrétaire particulier et François-Victor Hugo fils du grand Victor Hugo.

Il y a dans ce mariage religieux quelque chose de bizarre, car Henri fût toute sa vie un anticlérical notoire. Il nous explique sa position : « Si Marie incline à la religion, je ne la contrarirai pas. Je serai même capable, pourvu que sa santé dût en profiter, de consentir à un mariage religieux, mais il m’est impossible d’entrer dans un couvent et de m’y marier … ». Pourtant, il y entra !

Dans un autre courrier à Destrem : « … Dites lui que je suis très mécontent qu’elle soit entrée là (au couvent) et que si elle n’obeit pas, je l’épouserai tout de même, parce que mes enfants passent avant tout… ».

Marie Anastasie Renauld se tint toute sa vie derrière le pamphlétaire, qui l’aima profondément, comme dissimulée par la gloire tapageuse d’Henri.

Marie décèdera le 15 avril 1873 à Versailles où elle sera inhumée dans un premier temps. Nous n’y avons pas retrouvé sa trace. Henri envoie un télégramme de St. Martin de Ré le 18/04/1873 à DESTREM : « j’accepte votre offre pour enterrement faites la transporter à Paris dans votre caveau ». Ceci fait suite à une proposition de Destrem car Henri n’avait rien prévu. Bizarre !!!

Elle donna à Henri trois enfants : Noémie, Henri Maximilien, Octave Maximilien (bien que son acte de naissance soit curieux, il sera reconnu par les deux époux !).

Henri se marie avec Adèle Marie Jeanne BOUIN de BEAUPRÉ (elle a 23 ans) le 12 novembre 1878 à Petit Saconnex, près de Genève, en Suisse. Adèle , née en 1855 à Paris, est fille de Louis Denis Félix Aimé  et de Adèle Joséphine FUZEROT. Le père d’Adèle était l’inventeur d’un médicament appellé « Elatine ». Un procès entre le pharmacien Lemettais , successeur de M. Acault et détenteur de l’exploitation de l’Elatine, et Adèle, eu lieu en 1885, car cette dernière avait fait fabriquer le médicament par d’autres personnes. Adèle y fût condamné. En 1888 un jugement du Tribunal de Commerce donna raison à Adèle (La France Judiciaire).

Voilà ce qu’écrit Henri à DESTREM en novembre 1878 de Genève : « …Vous vous souvenez de la lettre que m’avait écrite une jeune fille lorsque j’étais député et que vous m’avez remise à Londres. C’est elle que j’ai épousée. Elle a déjà et elle aura plus tard… 1000 livres (?) de rentes. Elle est surtout le dévouement même…. ». Nous pensons que le livre d’Henri « Mademoiselle Bismarck » trouve son sujet dans sa relation avec Adèle Bouin de Beaupré.

         Adèle Bouin de Beaupré eut une aventure avec Henri en Suisse. Elle lui fit miroité qu’elle détenait une jolie fortune, or Adèle ne souhaitait que le titre de Marquise. Titre qu’elle n’aurait pas pu porter compte tenu de ce que nous avons décrit au chapitre de Claude Louis. Henri voyait dans ce mariage, sans contrat, une bonne façon de se mettre à l’abri de soucis financiers, mais la « drôlesse » avait tout prévu. Il s’en apercevra très vite.

Il n’y aura pas d’enfants issus de ce mariage.

Ce qui devait arriver arriva : un acte de divorce fût prononcé le 8 avril 1897. Le placet de l’affaire nous apprend que le mariage et la séparation de fait des deux époux remontent à 18 ans. Bizarre !!!

Adèle décedera le 12 juillet 1901 à Paris, elle avait 46 ans. Elle habitait au moment de son décès 106 avenue de Versailles à Paris 16è arrondissement.

Henri se marie  le 22 septembre 1897 à Paris 16è avec Marguerite VERVOORT, née le 27 mars 1869 à Paris 3è. Il a 66 ans et elle 28 ans. Marguerite est la petite fille de la sœur de la mère d’Henri, Marie Anne Adrienne MOREL. (Voir l’arbre généalogique MOREL). 

portrait de Marguerite VERVOORT (Arc.Nat.)

Le contrat de mariage daté du 21 septembre 1897, dont nous avons copie, est passé chez ARON notaire à Paris, avenue de l’Opéra. Dans son article premier, il est précisé que le régime matrimonial sera la séparation de biens. Dans son article deuxième, la fortune de la future est évaluée à 135 000 francs nette de tout passif. Cette fortune est décomposée de la façon suivante : 

1) Divers objets mobiliers et meubles meublants. 

2) Un hotel particulier situé à Paris 16è au 25 Villa Dupont. Curieusement, Henri habitera à cette époque au 19 Villa Dupont.

3) Une villa sise à Monte Carlo, dénommée Villa Grimsel, rue de Bellevue. Curieusement, un des noms de journaliste utilisé par Henri de Rochefort-Luçay est justement « Grimsel ».

Dans les objets mobiliers on trouve un bronze représentant Henri Rochefort par Dalou et une peinture d’Henri par le peintre Charlet, ainsi que 8 tableaux de Goya. N’oublions pas que la grand mère de Marguerite avait épousé le peintre Gabriel GUERIN. 

Il n’y aura pas d’enfants de ce mariage. 

Nous n’avons pas trouvé la date de divorce du couple (1898 ?), ni la date de décès de Marguerite (25/11/1950 à Paris, âgée de 81 ans ?). Il semblerait qu’elle ait été inhumée au cimetière de Montmartre. On trouvera en annexe une courte notice sur André VERVOORT frère de Marguerite.

Lettre d’Henri à Marguerite (collection particulière)

Ses logis à Paris et ailleurs.

Henri fût un grand voyageur tant parisien qu’européen et même international. 

  1. Il nait le 31 janvier 1831 à 14h au 38 rue Grenelle Saint Honoré, rue correspondant à la partie sud de la rue Jean Jacques Rousseau actuelle à Paris.
  2. Il sera envoyé chez sa tante Dupré de Saint Maur durant 2 ou 3 ans, vers l’age de 7/8 ans au Château de la Salle disparu aujourd’hui.
  3. Il vivra une partie de sa jeunesse et de jeune homme au 7 rue des Deux Boules avec ses parents.
  4. Il habitera vers 1855, rue des Beaux-Arts. Paris 6è.
  5. Il habitera 5/7 rue saint Roch avant ses ennuis avec le gouvernement Thiers.
  6. Il habitera 57 Boulevard Rochechouart. Paris 9è.
  7. Il habitera après l’amnistie générale de 1880, au 5 bis Cité Malesherbes. Le contrat de location est au nom de son gendre Frédéric Dufaux et au loyer de 5000 francs par an. Suivant les Archives de la Police, il ramènera de Suisse 3 tonnes de meubles et effets divers (?).
  8. Il habitera au 25 Villa Dupont Paris 16è chez Marguerite Vervoort (ou chez lui ?). Henri y recevra souvent ses petits enfants, fils de Noémie, en les emmenant au Jardin d’Aclimatation. Il entretenait un péroquet donné par un de ses admirateurs, qui saccagea le salon au cri de « Vive la République » (Gérard Dautzenberg, Villa Dupont, 1990). Il eut comme voisins la belle Otéro et le président Poincaré.
  9.  Avant septembre 1897 au 19 villa Saïd Paris 16è. Anatole France, son parent par alliance, y possèdait aussi une maison.
  10. Il décèdera au 1 avenue Bugeaud Paris 16è dans un appartement donnant sur la Place Victor Hugo et dans lequel il s’était installé en 1909.

En 1874 Henri est au 5 rue des Alpes à Genève.

En Septembre 1876, Henri est en Angleterre, au 47 Richmond Road, Westbourne Grove (Baywater) où il se fait appeler Henri Luçay.

En 1877, lors de son séjour à Genève, Henri élit domicile au 27 boulevard Plainpalais.

Ses relations avec la police parisienne.

Les Archives de la Police à Paris possèdent 6 cartons de documents divers sur Henri. Curieusement aucun n’a été exploité complètement par ses divers biographes. Il y est aussi conservé tous les manuscrits de « la Lanterne » saisis en de nombreuses occasions, mais surtout les rapports d’indicateurs  de police en Suisse, qui constituent un ensemble de « ragots » assez innomables car constituant sa vie privée. Nous en retiendrons deux :

  • Le commissaire Bridoux de la police parisienne est en excellents termes avec Monsieur Destrem, curateur d’Henri en 1871/72 pendant son emprisonnement à Versailles et aprés. Cela laisse supposer que la police savait tout de la vie et des affaires d’Henri car on ne pouvait être plus proche que son secrétaire particulier.
  • Parmi les papiers de Madame Bauer, née Hertzer, saisis au domicile de la veuve Leduc 15 rue de Bassano se trouve la pièce N° 38 : « projet d’une signification d’huissier faite à Monsieur Henri Rochefort « par Madame Bauer qui avait prété une certaine somme d’argent à Mr et Mme Gorges. Nous n’avons pas trouvé les minutes de cette affaire bizarre. Cette dame avait-elle été en relation avec les Gorges ou Henri ? Pour quelle véritable raison ?

Ses relations avec ses enfants.

Henri aura 3 enfants de son premier mariage avec Marie Anasthasie RENAULD : Noémie, Henri, Octave.

Henri Rochefort avec les Dufaux.

Voilà ce qu’écrit Henri à un ami dont nous ne connaissons pas le nom (peut-être Destrem ?) : » 28 septembre 1871 – Maintenant que mon affaire est faite et ma vie perdue (il vient d’être condamné par un tribunal militaire), je n’ai plus, mon cher ami, à m’inquiéter que d’une chose : l’avenir de mes enfants. Je veux donc vous confier la mission difficile de réunir le peu qui me reste de façon à leur constituer un petit capital qui leur permette de ne pas mourir de faim .»

Nous devons reconnaître, comme nous le précisons aussi au chapitre des mariages, qu’Henri eut un grand amour pour ses enfants. Mais alors pourquoi les tenaient-ils aussi éloignés de lui ? Noémie fût mise en nourice dés ses premiers jours à Thiais chez madame STAINS  puis en pension, Henri fût élevé par qui ? Octave fût, la plupart du temps, entre les mains du couple Paul et Juliette ADAM. Bien sûr, les activités d’Henri l’obligeait a être le plus souvent dans ses journaux, mais sa vie mondaine, qui était intense, donnait lieu à de nombreuses absences. Tenons compte toutefois de ses nombreux emprisonnements, ses fuites à l’étranger, son séjour au bagne de Nouvelle Calédonie, etc…(Voir l’arbre généalogique d’Henri en annexe).

Noémie de Rochefort-Luçay

Armand Dufaux

Noémie de Rochefort-Luçay, appelée aussi Nini, fût l’enfant préféré d’Henri. Il annonça en grande pompe le mariage de Noémie avec Frédéric DUFAUX à la chambre des Députés et au Sénat. Dufaux était un peintre suisse de talent et issu d’une famille d’artistes. Ils eurent 3 enfants : Emilie, Armand et Henri. Les deux garçons devinrent des aviateurs réputés mondialement. Ils fondèrent en 1903 la société MOTOSACOCHE fabricants de motocycles réputées. Ils inventerent l’hélicoptère et furent les premiers aviateurs à réaliser en avion la traversée du lac Léman dans sa longueur. Henri fût en relations constantes avec eux pour les informer de l’avancement des travaux des aviateurs français. Il participa même financièrement aux premières études d’avion faites par Armand.

Publicité (1920) pour la Firme MOTOSACOCHE.

Une lettre du 16 mai 1874 écrite par Henri à sa fille lui annonce son évasion de Nouméa1.

Dans une lettre du 19 avril 1877 de Caroline Gorges à Jean Destrem, celle-ci lui indique les formalités nécessaires au mariage de Noémie le mois suivant: « …Quant à l’acte de baptème vous le trouverez là ou je vous l’ai dit (?) car elle a été baptisée le lendemain de sa naissance, la sœur et le médecin ont servi de parrain et marraine ; quant à l’acte de reconnaissance on ne pourra l’avoir que chez le notaire ou sur l’acte de mariage de mon frère, l’a-t-il annulé ?… ». 

Portrait de Frédéric DUFAUX, époux de Noémie.

HENRI, Maximilien de Rochefort-Luçay :

Henri fit ses études à Paris à l’Institution Chevalier puis au lycée d’Alger. Nous avons trouvé les documents qui parlent de son suicide à Bône, Algérie en 1889. Il avait 29 ans.  Pensait-il que les avatars politiques de son père mettaient un terme à sa vie ?

Acte de décès d’Henri en Algérie (état civil AOM)

OCTAVE, Maximilien de Rochefort-Luçay :

Octave (appelé aussi Bibi), est le troisième enfant d’Henri. Nous connaissons l’acte de naissance d’Octave et sa reconnaissance par Marie et Henri. Cet acte laisse perplexe son lecteur. 

Il souffrit d’une santé fragile pendant toute sa jeunesse mais fit de très bonnes études.

Il suivit les cours de l’Institution Charlemagne à Paris puis au lycée d’Alger ou il passa son baccalauréat . « 

Lettre d'Octave à Destrem de 1880

Lettre, sans lieu ni date, écrite par Henri à DESTREM : « … Parfaitement il vaut mieux envoyer directement à Octave son acte de naissance. Son adresse est , Mr. Octave de Luçay-Lycée d’Alger à Alger. Mais il est essentiel d’envoyer l’acte portant mention de sa légitimation sans quoi il ne s’appellerait plus Luçay et passerait pour un enfant naturel. Je vais à peu prés tout à fait bien…. «. Octave remercie Destrem le 26 juin 1880 de l’envoi de l’acte.

Revenu à Paris au lycée Saint Louis pour la « prépa », il entra à l’Ecole des Arts et Manufactures (Centrale) par le concours d’admission de 1881, classé 125è sur 245 reçus. A Centrale, où il obtint son diplôme d’ingénieur en 1884, ses professeurs se plaignaient de ses absences pour raison de santé. 

A sa sortie de l’école Centrale il prend la direction d’une importante exploitation forestière en Algérie.

Comme nous l’avons vu précédemment, le couple Adam, amis de son père, le recueillit chez lui (surtout après la mort de Marie Renauld). Monsieur Adam était sénateur innamovible du Sénat et Madame Juliette Adam (née Lambert) tenait un salon littéraire à Paris. Cette dernière, anti-bonapartiste notoire, protégeat notre polémiste durant de nombreuses années. 

Madame Adam relate dans ses mémoires les faits suivants : 18 novembre 1870-«… J’ai eu Rochefort et son fils à diner. Rien n’est plus étonnant qu’Octave Rochefort, surnommé Bibi ; Il pense et parle comme un homme de 40 ans ; Il est à 8 ans beaucoup plus agé que son père ; il le moralise, lui conseille de ne pas trop se fier à la popularité, raconte qu’il a entendu dire à des ouvriers « Ce Rochefort, qu’est ce qui aurait cru cela de lui ? » et Bibi ajoute : « Vous leur auriez demandé pourquoi ils disaient : ce Rochefort ! ils n’en savent rien. Il faudrait toujours être en prison pour plaire aux électeurs de papa. Ce petit est véritablement original ; j’ai pris une amitié réelle pour lui. Il est très intelligent, sensible et bon …. ». (Page 119- Mes illusions et nos souffrances…par Juliette Adam).

Edmond Adam part pour le midi et le 11 février 1871 Juliette écrit ce qui suit : « … J’ai envoyé chercher Octave-Bibi Rochefort. Je suis trop seule, il me faut un enfant à aimer. Rochefort m’amène son fils et me promet de me le laisser durant son voyage à Bordeaux …. ». (Page 349- Même ouvrage que précédemment).

Henri envisageait pour Octave un mariage avec la fille du président de la République Argentine. Ce mariage ne se fit pas mais Octave épousa une institutrice française, Hélène Sevin, qui lui donna 4 enfants. Son séjour en Argentine lui permit de s’occuper de travaux de construction de ponts. De retour en France en 1890, Octave partit peu après pour les Etats Unis où il dirigea des mines de charbon. Puis il retourna définitivement en Argentine.

Octave fit souche en Argentine où résident encore nombre de ses descendants. 

Il organisa les communications télégraphiques entre la France et l’Argentine et fût professeur de physique à l’université de Cordoba.

On trouve dans le livre du docteur Godfroy Bardet, « Électricité médicale », une page de publicité sur les transformateurs d’électricité médicale vendus par Octave (voir aussi le Bulletin Général Thérapeutique du 8/12/1897). Nous constatons que les « ponts «  n’ont pas été rompus entre ces cousins germains.

Octave fût aussi concepteur et distributeur des machines à écrire DACTYLE.

Machine à écrire DACTYLE inventée par Octave de Rochefort-Luçay

      Les relations d’Henri avec ses sœurs.

Nous ne savons rien de ses relations personnelles avec ses sœurs Palmyre et Emilie. Dans une lettre, sans date, adressée à un inconnu nous relevons la mention suivante : « Si ma sœur ainée (Palmyre) reconnaît avoir de l’argent à moi, vous serez bien aimable de le lui prendre en dépôt ». Palmyre habitait 51 bld. Saint Michel, Paris en 1873 et 50 bld. de Clichy à son décès en 1892. C’est elle qui signe le rendu des comptes de tutelle 1871/72.

Emilie sera souvent mise à contribution lors du séjour d’Henri au fort Boyard et en l’Ile de Ré pour lui amener ses enfants en visite. Ainsi nous voyons au travers des comptes de tutelle un voyage le 29/03/1872 à Ré avec 200 f. dépensés.  Un appartement rue de Chateaudun à Paris, avait été loué par bail au nom d’Emilie pour la somme de 506 francs par mois. Cet appartement devait loger Emilie, Marie Anasthasie et les enfants. Ce loyer étant trouvé trop cher, un appartement rue des Forges est loué au prix de 175 f. par mois.

Bien que n’ayant pratiquement aucun « atome crochu » avec les Gorges, son beau frère, Jean Marie GORGES, sera nommé tuteur, à la suite de son emprisonnement. Ainsi en décembre 1874 le conseil de famille sera composé de la façon suivante : J.M. Gorges, Cretin (médecin), Bergeron, Destrem, Lacaze. (comptes des années 06/1871 à 08/1872 avec des dépenses totales de 10 332 f., des recettes de 9773 f.).

Jean Destrem succèdera à J.M. Gorges comme tuteur vers 1876.

Villa à Aix les Bains où est décédé Henri Rochefort

Henri décèdera d’une crise d’urémie à Aix-les-Bains (Savoie) le 30 juin 1913. Il se trouvait dans cette ville pour soigner ses maux et était proche de la Suisse pour visiter les Dufaux. Une foule immense assistera au cortège funèbre entre l’avenue Bugeaud et son inhumation au cimetière de Montmartre.

Cortège de l’enterrement d’Henri Rochefort.

Marc Etivant

  1. l’Echo de Paris du 27/12/1895 []
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